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Grand raid mauritanien

8 JOURS. 8jours de parcours du nord-est à l'ouest de la Mauritanie et retour en une grande boucle où le goudron est anecdotique. Une navigation au cap dans cet univers de sable, de cailloux et de villages posés ça et là. A coup sûr un parcours où l'esprit d'équipe, la "team", fait toute la force de ce voyage.

Nous étions 4 amis qui avions formé un groupe juste pour nous. Et à Atar, Baba notre guide bien connu nous accueillait avec  Omar et Mamina, les chauffeurs auxquels était adjoint  Mohamed dit Momo, le cuisinier. Tout ce petit monde réparti dans 2 pick-up 4X4 avec bagages tentes et nourriture.

Alors voici, jour après jour, cette escapade dans le sud de ce Sahara finissant.


J 1: 24 heures à Zouérate

Arrivés en fin de matinée à l'aéroport d'Atar nous gagnons par la nationale 1 la ville minière de Zouérate. 300 Km de goudron. Mais pas que... du goudron. Un vent puissant venant de l'est, du désert, vient accumuler des plaques de sable sur la chaussée. Et là, la question qui nous percute : toute la semaine sera t elle venteuse ? Les 2 dernières l'ont été. Cela pourrait être inconfortable.

18 heures. Nous voilà arrivés et installés à l'hôtel, celui des voyageurs professionnels qui viennent sans doute pour la mine. Nous profitons du jour qui finit pour regarder les jeunes jouer au foot, revêtus du maillot de leur club fétiche. Dans un champ de sable.

9 heures. Bechir, responsable de la sécurité sur le site de la SMIN (Société Nationale de la MIne), vient nous chercher sur le parking. Il nous fera visiter cette mine de fer qui a fendu la montagne et déplace son exploitation au gré des filons laissant derrière elle des paysages de canyons et de pentes taillées comme des ziggourats. Les camions bennes de 300 tonnes nous frôlent. Les tapis convoyeurs de minerai défilent sans cesse. Les bulldozers nivellent. Le concasseur dans lequel les bennes déversent leur chargement nous recouvre de poussière. Et à la fin, là le train minéralier vient prendre son chargement sous les trémies des silos sans s’arrêter. Des centaines de wagons. Nous n'en voyons pas la fin et déjà plus le début.

Nous quittons la mine pour aller prendre notre premier déjeuner. Nous sommes impressionnés.


J2 : De Zouerate à Choum

13 heures. C'est l'heure à laquelle nous devrions prendre le train. Et nous finissons le déjeuner, à 3 Km de la gare, quand nous le voyons passer au loin devant nous. Rapidement nous replions le camp et gagnons la "gare". Juste un espace, où sur des voies parallèles s'entassent des épaves de motrices et des wagons bennes. Quelques wagons citernes, un antique wagon voyageur, un wagon benne vide et 3 locomotives attendent. Au milieu de rien.

Au pied de cet attelage de vieilles Mercedes hors d'âge, épaves roulantes, déposent leurs occupants prenant le train pour Nouadhibou terminus de la ligne. Nous nous arrêterons à Choum.

Le wagon voyageur. Dans les compartiments dont les couchettes abaissées ne se relèveront plus, la vie mauritanienne bat son plein. Elle s'organise. Des compartiments de femmes, des compartiments d'hommes, et un où s'est installé un couple fabriquant des sandwichs qu'ils vendront avant de redescendre du train au moment du départ.

Nous occupons le local à bagages, vide, sans banquette. Étant vaste, nous y serons aussi bien. Une seule fenêtre s'ouvre, l'autre est bloquée, fermée.

Dans le wagon benne vide montent ceux qui voyageront gratuitement faute de moyens. 20 heures, en plein soleil le jour et dans le froid la nuit. En plein vent. Ils y lancent leur baluchons et matériels ... bouteilles de gaz et réchauds. Ils feront chauffer l'eau du thé à la menthe.

15h15. Avec 2 heures de retard sur la prévision, le train démarre. 6 heures durant, nous vivrons la vie du train avec la visite des voyageurs curieux et conviviaux. Présentation de la femme et du bébé par les familles. Les demandes pleines de curiosité des jeunes qui aimeraient savoir s'ils peuvent venir en France. Et même une proposition de mariage...

Le train s'arrête pour laisser passer un train qui croise. L'après-midi se termine. Assis sur le marchepied, la porte donnant sur la voie ouverte, pendante, ne tenant plus que par un fil de fer. Crépuscule. Lumière magique presque violette. Ça y est, c'est la nuit. Étoilée. Envoutante.

21 heures. Débarquement à la gare de Choum à la lumière des phares des voitures qui attendent. Nuit dans une auberge. Minuit, l'eau et l’électricité sont coupées jusqu'à demain matin 8 heures.

 


J3 : les monolithes

Le point fort de la journée va être le passage et la visite des deux extraordinaires monolithes de Ben Amira et Ben Aïcha.

Départ de Choum, après avoir fait un complément de gasoil, par une piste mal définie. En route nous croiserons trois hommes sur un site d'extraction de pierre destinée à la réalisation de carrelage. Là, au milieu de nulle part.

Nous longeons la voie ferrée parsemée de villages, sécurisés par des postes de gendarmerie. Dénuement total.

Enfin ils apparaissent au loin.

Ce sont deux blocs de granit noir, posés sur la plaine, hauts de plus de 350 mètres, ce qui les situent au troisième rang des plus gros monolithes au monde après ceux d'Australie.

La légende raconte que Ben Aïcha, épouse infidèle de Ben Amira, fut répudiée et s'en alla plus loin avec sa servante.

Ben Amira est le plus imposant, mais plus au nord Ben Aïcha est plus ... magique. D'abord elle se laisse découvrir par une exposition de sculptures / bas relief réalisés dans la roche par une quinzaine d'artistes internationaux en 2001 (témoignage)

En en faisant le tour nous découvrons toute la nature féminine de Ben Aïcha, certain y ayant trouvé un rapprochement avec  le célèbre tableau de G. Courbet "l'origine du monde" ... peut-être ?

Durant le déjeuner Momo, Omar et Mamina nous présenteront leur surprise acquise la veille, vivante et plutôt agressive.

Nous reprendrons alors la piste vers la côte et le banc d'Arguin. Sur la piste, rien. Un sol pierreux, parfois quelques touffes d'herbe à chameaux. Une ligne droite, plate, infinie.

Il faut bien s’arrêter. Un village, 4 maisons, un enclos à chèvres. Il est 17h30. Un peu plus loin des piquets surmontés de tôles et une dizaine de véhicules, presque des épaves. Une rassemblement de Land Rover, la plus récente devant avoir plus de cinquante ans. Plus ou moins désossées : un rêve de collectionneur ? Non, apparemment un spécialiste de la marque prêt à tout pour réparer ces presque sculptures. Coucher de soleil.

Premier bivouac.


J4 : enfin le banc d'Arguin

Nuit étoilée et limpide. Et venteuse. En fin de nuit peut-être pas plus de 5°c. Juste les yeux et le nez sortent du duvet. Là, juste en face, s'est élevée à la fin de la nuit, en bas du ciel, la Croix du Sud.

Cap à l'ouest. Quelques dunes. La piste caillouteuse. La crevaison.

3 heures plus tard nous gagnerons Chami, grosse bourgade sur la nationale 2,  goudronnée, afin de refaire le plein et d'y réparer le pneu.

C'est pour nos yeux un résumé de l'Afrique contemporaine. Installation d'éclairage public dernier cri (réverbères solaires ! ) et étal sur tréteaux surmontés d'une toile pour protéger du soleil des morceaux de viande de dromadaire. Les chèvres mangent les papiers gras ayant emballés des sandwichs au milieu des voitures faisant le plein à la station essence.

le pneu a été réparé grâce à une rustine confectionnée dans une vieille chambre à air. Et ça marche.

Arrivée au campement officiel du banc d'Arguin. Une série de tentes de nomades alignées au bord de l'océan. Déjeuner ...et sieste.

Nous avons demandé des nouvelles du lézard. Momo et Mamina ont prétendu qu'Omar l'aurait "bouffé" la nuit précédente, vers 3 heures du matin... nous ne sommes sûrs de rien !

Fin d'après-midi. Direction Iwik pour y réserver une lanche (barque à voile) pour une sortie en mer demain matin.

Des souvenirs marins, peut-être trophées de pêche marquent l'entrée du village. Plus loin sur la grève les maisons des pêcheurs. Simplicité voire pauvreté. Des charpentiers fabriquent une lanche. Outils modernes, scie circulaire.  Du poisson sèche, accroché sur des fils.

Retour au campement. Ce soir nous mangerons du poisson frais et ... des frites!

Nous dormirons sur une bâche en haut de la plage, dans les herbes de la dune, face à l'océan, bercés par le bruit des vagues.

La constellation d'Orion veille sur nous.


J5 : sortie en mer

8h15. Entrée dans Iwik. Nous sommes accueillis par un chacal doré nous observant, planté sur une dune sertie de coquillages. Lumière jaune, ciel sombre.

9h. Toute l'équipe embarque, attendue par un pêcheur et son mousse. Nous sommes accompagnés par monsieur M ? soi-disant spécialiste des oiseaux - le banc d'Arguin est une réserve ornithologique.

M ne se présente pas, affirme être océanographe ayant poursuivi des études à Mourmansk (!) et est équipé d'une canne à pêche dont le fil est bardé d'hameçons. M prétend être le représentant officiel du banc d'Arguin et commence par nous édicter toutes les interdictions. M ne veut pas être photographié ou filmé pour ne pas être vu par le monde entier (les réseaux sociaux). Ambiance.

Nous oublierons rapidement la présence burlesque de M. Bien que.

Comme dans toute vieille barque en bois, de l'eau s'infiltre dans la cale. Et là, hystérie de M quant à sa sécurité. Tout cela pour 50 litres dans une barque de 7 à 8 mètres. Océanographe, pourquoi pas, mais sûrement pas un marin.

Nous commençons à rire en douce.

Les oiseaux ? Nous n'avons pu les observer qu'à plus de 300 mètres, au mouillage. Déception.

Mamina s'est mis à pêcher. Juste un fil de pêche enroulé sur un planchette, monté d'un hameçon avec un bout de seiche. Résultat: Mamina 2 bars / M que des algues.

A midi Momo nous a cuisiné les poissons sur le bateau et les dauphins sont apparus. Instants délicieux.

14h30 nous reprenons les 4X4 jusqu'au bivouac. Premières dunes.

Momo prépare le diner. Omar fait le feu, le thé à la menthe et fabrique le pain cuit dans le sable sous la braise.

Nuit étoilée. Douce nuit.

PS : si vous faites une sortie en mer à Iwik : n'embarquez pas M. C'est un chat noir, voir peut-être un lapin dans un bateau !

 


J6 : ce soir nous dormirons au pied de l'Amatlich

Journée de transfert. Il faut regagner la piste principale.

Ce matin juste un cap et du tout-terrain. Progression difficile, cahotante, sur des monticules de sable surmontés d'herbe à chameau.

Premier village traversé, Benichab. Ce serait le village d'un ancien président. Rues goudronnées , bel éclairage public, maisons fraichement repeintes, grande propriété close de murs d'où dépassent des centaines de palmiers.

A la sortie de la ville de gros troupeaux de dromadaires. C'est la période de mise bas.

Puis la piste. Plate et rectiligne. Au milieu d' une plaine bordée de montagnes à l'horizon. Devant nous des mirages d'où émergent des arbres solitaires, s'effaçant avec notre progression.

Déjeuner à l'ombre d'acacias.

16h00 Arrivée au pied des dunes de l'Amatlich. Nous montons le campement. 17h00 Nous partons à l'assaut de la plus haute pour observer cet océan de dune qui parcourt 300 Km jusqu'à Nouakchott.  Deux pas en avant, un pas en arrière dans ce sable fin et fluide comme de la farine. Montée haletante.

Vision infinie, grandiose et presque évanescente de ces vagues qui paraissent mouvantes. Quelques dromadaires circulent sur leurs crêtes comme des nageurs en pleine mer.

Coucher de soleil flamboyant. Le monde nous appartient. Redescente en courant sur les arêtes des dunes. Plaisir enfantin.

Ce soir, après diner, à l'éclairage du feu de bois, nos compagnons mauritaniens nous régalerons par un concours du meilleur thé à la menthe. Ils ont tous gagné.

Dernière nuit à la belle étoile. Demain nous dormirons dans une auberge.


J7 : la passe de Tifoujar et la vallée blanche

Nous voici dans la région de l'Adrar. Le Sahara en mode image d’Épinal. Le désert comme nous l'imaginions. Comme nous l'attendions.

Sur la piste, des villages. Nous étions espérés, presque attendus par les enfants. Nous les touristes avec nos présents. Quelques médicaments d'usage courant, des cahiers et des stylos, des règles. 8h30 c'est l'heure de la rentrée à l'école.

Enfants entre deux âges. Effervescence et gaieté. Maître en blouse blanche et chèche blanc. Chansons de bienvenue.

Et puis "il faudra que nous montrions, chez nous quand nous serons rentrés" que l'école se délabre. Qu'il y a des trous dans le sol de la classe. Qu'il y a besoin d'aide. Photos. Témoignages.

La piste, la fin des dunes, du sable ocre, des rochers. Au loin des montagnes tabulaires. Un faucon pèlerin nous observe depuis son promontoire.

Apparaît la passe de Tifoujar, vision sur l'entrée de la vallée blanche en contrebas. Point de vue sublime.

La piste longe les collines de dunes. Presque à portée de main, les dunes qui chantent. La prochaine fois sans doute...

Et puis dans un corridor de montagnes : la trace. Celle qui, progressant sur les marches d'un escalier géant, nous fera gagner le dessus de ces montagnes.

Direction Chinguetti. Tours et détours. Pistes et traces. Errances.

Comme un point d'orgue, connu de tous les voyageurs qui viennent en ces lieux, la bibliothèque de Seyf. Nous sommes heureux de le retrouver. Nous lui rappelons notre passage l'année dernière et il nous accueille comme de vieux amis. L'histoire contée est connue et plaisante à ré-entendre. Le personnage enjoué et cabotin. Il est passé à la télé française !

Ce soir est le dernier soir. Nous dormirons à l'auberge et profiterons d'un couscous mauritanien.

Le voyage s'achève. Nous échangeons no WhatsApp avec nos amis mauritaniens. Nous promettons d'échanger nos nouvelles et les photos.

Demain l'avion partira à 12h30. Et rejoindre Atar prendra 1h30. La route sera facile et encore de formidables paysages seront traversés.

 

 


Dans nos cœurs

Il y a un an la Mauritanie nous séduisait. Nous y sommes revenus.

Ce long parcours dans 2 voitures a constitué et soudé notre équipée. Découvreurs de désert que nous voulions être, avec Baba, Momo, Mamina et Omar nos accueillants.

L'esprit a été fraternel. Quelle richesse.

Nous les remercions tous ici.

Nous revenons avec le sentiment que ce fut une aventure humaine, d'amitiés partagées.

Des idées de futurs mauritaniens ont été plantées dans nos désirs.

Nous reviendrons.


Nos émotions animées

Pour suivre ce grand raid : la carte

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Nous avons réalisé ce voyage avec Allibert Trekking.

Baba notre guide 2019 a été notre guide 2020 sur notre demande. Et nous avions privatisé ce voyage pour notre groupe.

Nous avons profité de cette nouvelle proposition à leur catalogue 2020.

Merci à eux

et pour profiter de toutes les photos de notre séjour suivez- nous sur Flickr

Mauritanie 2020

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