· 

Lettres persanes


 Ce texte romanesque de Montesquieu n'est peut-être pas si éloigné de notre quotidien. Et sans qu'il soit une référence pour notre voyage, je vous invite à relire, à tout le moins, sa fiche Wikipédia.

Voyager en Iran aujourd'hui est un choix qui ne manque pas de susciter des interrogations. Le contexte géopolitique, la théocratie autoritaire et sourcilleuse, le pays frappé d'embargo et de sanctions qui peuvent compliquer ultérieurement la demande de visa dans certains pays ( USA par exemple ), en font une destination non évidente.

Cependant la Perse, berceau des trois grandes religions monothéistes avec le Zoroastrisme, sa richesse culturelle et historique, réveille bien des motivations.

Et puis il y a le récit des visiteurs récents de l'Iran qui reviennent émerveillés et nous racontent un peuple accueillant, une hospitalité enjouée, des paysages grandioses de déserts et de montagnes, des jardins magnifiques au milieu du désert.

Alors, malgré les difficultés, en route !

 

PS à la date du 15 janvier 2020 le ministère des affaires étrangères déconseille formellement tout séjour en Iran. Quelque soit la réalpolitik, nous sommes tristes pour tous ceux que nous avons rencontrés et qui n'aspiraient qu'à un peu plus de liberté et de sérénité.


Sur la route de la soie


De ville en ville

Kashan

Située à 2 heures de route de l'aéroport de Téhéran vers le sud, Kashan est une ville très religieuse. Arriver le jour d'Achoura, jour de commémoration du martyr de l'iman Hossein 3ème des 12 imams descendant du prophète est un peu une surprise.

Tout est fermé y compris les sites touristiques. Mais passé le moment de déception nous avons pu accéder à la mosquée. Là, la bonne surprise fut que l'un des imams nous a offert une visite privée et donné l'occasion de l'entendre chanter ( voir la vidéo). La célébration d'Achoura  donne lieu à des défilés et des scènes de pénitences qui ne manquent pas de laisser impressionnés.

Kashan propose la visite d'anciennes maisons de notables absolument magnifiques, des bains aux faïences somptueuses et un jardin selon les codes perses qui doit vous rapprocher du paradis. Ici nous apprendrons que les Qadjar ont été une dynastie.

Enfin un passage par le bazar vous montrera la vitalité des petites échoppes et des artisans : tout ce qui peut être réparé le sera.

Kashan est la ville aux portes du désert du Maranjab. Une excursion d'une après-midi dans celui-ci vous permettra de profiter d'un coucher de soleil sur un lac de sel asséché : inoubliable.


ispahan

Notre première ville iranienne sur la route de la soie. Toutes les lumières de la Perse brillent ici. Mais il faut se lever avec le jour et se coucher tard pour pleinement les appréhender. Ispahan fut une ville royale. La grand place, Naghsh e Jahan, fut construite pour que le roi Ali Qapu puisse assister aux matchs de polo depuis la terrasse de son palais et n'avoir qu'à la traverser pour gagner sa mosquée privée. Si la Perse est un territoire dédié à l'Islam, elle tolère et protège malgré tout les communautés religieuses minoritaires. Ainsi dans le quartier arménien la cathédrale Vank ( également appelée St Sauveur) est une visite incontournable.

La visite des mosquées fera que vous en préfèrerez sans doute une aux autres. Pour nous ce sera la mosquée du vendredi avec sa salle aux dizaines de colonnes et sa salle de prière d'hiver à la pénombre pleine de tranquillité.

En fin d'après-midi vous vous rendrez sur la rivière Zayandeh qu'enjambent les ponts Khadju et Si O Se Pol. Sur le premier les iraniens partageront avec vous des moments d'humanité et de proximité très joyeux. C'est l'un des endroits où ils sont autorisés à chanter et faire de la musique. Là, les jeunes gens, qui parlent bien l'anglais, viendront vous demander qui vous êtes et d'où vous venez, excellents préambules à la discussion: attroupement assuré !

Il existe à Ispahan des restaurants plus touristiques et plus soignés qu'ailleurs ( prix restant bien modestes pour nous européens ) . Profitez en, mais gardez une place pour une glace aux vermicelles de riz et parfumée à la rose : une merveille.

 

 



Yazd et ses environs

Ce fut sans doute notre étape préférée. Le mieux étant d'être installé dans la vieille ville vous pourrez faire à pied toutes vos promenades. De jour comme de nuit cette ville est accueillante. lève-tôt, vous pourrez profiter des places sans affluences, les gardiens des mosquées vous ouvriront volontiers leurs portes pour une visite en solitaire. Le soir vous dinerez en terrasse avec vue sur la mosquée du vendredi éclairée de bleu, confortablement installé à l'iranienne sur des banquettes.

En fin d'après-midi vous profiterez de la douceur du jardin Dowlat Abad ou de l'énergie démonstratrice des "hommes forts" pratiquant au Zurkhaneh leurs exercices au chant et rythme du tambour de l'accompagnateur (vidéo ) .

Trois jours seront nécessaires à Yazd pour également vous rendre alentour et visiter à Chak Chak l'un des principaux temple zoroastrien : sérénité absolue.

A proximité ne pas louper la visite de Kharanaq magnifique village, aujourd'hui fantôme et le caravanserail de Zein o Din.

Dans cette région la communauté zoroastrienne représente encore plus de 30 000 personnes. les nombreux guides disponibles vous renseigneront sur Zarathoustra et le culte du dieu unique Azur Mazda.

A Cham ( 6Km de Yazd) sur une plaine au milieu des montagnes vous observerez le "plus vieux cyprès" ( arbre sacré de plus de 3000 ans ) et le site le mieux préservé présentant une tour du silence. A voir au coucher du soleil. Magnifique !

 


de Mahan à Bam : les portes du désert

Cette route, la plus au sud du périple, était l'une des parties les plus attendues. Le programme : le séjour avec bivouac dans le désert du Lut et la visite de la citadelle de Bam.

La boucle s'organise depuis la ville de Mahan. Et celle-ci fut une bonne surprise avec Shahzadeh, son magnifique jardin de 3 hectares, fleuri, au milieu du désert ainsi que le quartier de la mosquée que nous avons eu la chance de découvrir depuis ses toits.

Après une nuit de repos, rendez-vous avec Farhang notre spécialiste du désert pour 3 jours dans cet espace où, en 2017 fut relevée la température au sol la plus élevée au monde 70,7°C ! C'est un désert qui se pénètre par un corridor aux montagnes multicolores, parsemé d'oasis où se retranchent les quelques villages. Mais le plus spectaculaire, ce pour quoi les voyageurs viennent, ce sont les Kalout. Des formations de grès et de sables comme des doigts de fées qui, dans des lumières d'aurore et de crépuscule, sont indescriptibles. Nous suggérons d'y passer une ou deux nuits en bivouac et de profiter d'un ciel où les étoiles sont innombrables et la voie lactée visible comme nulle part ailleurs.

Toujours dans ce désert vous pourrez  découvrir un qhanat ce système d'adduction d'eau encore en fonctionnement ici. Dans l'oasis de Shaddad il faut essayer de trouver, pour l'image, les champs encore cultivés comme au moyen-âge.

Enfin Bam citadelle ravagée par un tremblement de terre en 2004 et reconstruite, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, a ré-ouvert ses portes à la visite en 2018. Impressionnante, sur le chemin du retour, Rayen est à visiter pour sa citadelle et sa chute d'eau, improbable dans ce désert.

 


Sur la route: de Kerman à Shyraz

Cette grande remontée vers le nord ouest doit nous ramener vers Shyraz ancienne capitale de la Perse. Elle commence à Kerman puis la traversée d'un grand plateau dans lequel s'ouvre une faille de plus de 20 km formant le canyon Rageh profond de plus de 200 m et large d'autant. Trop méconnu, il fait l'objet d'une belle randonnée.

La route s'élève ensuite, de plateaux en cols, dans un désert montagneux.

Une expérience étonnante vous permettra de passer une nuit dans un hébergement insolite. Une chambre dans une grotte à Meymand, village troglodyte. Une promenade dans les environs du village vous révèlera la beauté des vallons façonnés par la petite agriculture: vergers d'amandiers et de figuiers, champs clos de murets de pierres sèches et arbres millénaires.

Au bout de cette route, 70 km avant Shyraz un arrêt à Persépolis s'imposera. Visite du site et des tombeaux dans les falaises à Naqsh-e Rostam.

 


Shyraz

Deuxième grande ville sur la route de la soie dans notre voyage en Perse.

Ambiance jeune et légère. Au programme bazar, citadelle, vieille ville mais surtout la mosquée rose et la mosquée Vakil. les guides préviennent : la mosquée rose, célèbre pour sa salle de prière doit être visitée le matin pour profiter des rayons du soleil à travers les vitraux.

ERREUR ! elle doit être visitée à l'ouverture (7h) pour éviter la horde de photographes et de leurs modèles dans des déguisements improbables, qui occupent l'espace et sont prêts à vous piétiner pour obtenir la place qu'ils veulent. Après, il suffira de déambuler dans la cour et les salles extérieures aux faïences aux teintes et motifs de roses somptueux.

La visite de la mosquée Vakil, avant 9h et l'affluence, permet d’accéder à la salle des colonnes à la lumière si douce. Après, et toujours en s'y rendant à pied, il faudra découvrir la maison Qavam et son pendant la maison Zinat Al Molk avec une halte dans son salon de thé terrasse (admirez son plafond ) où vous profiterez d'un thé à la rose ou au safran.

Le soir, au crépuscule, après un parcours dans les splendides jardins Eram, le coucher du soleil dans les jardins du tombeau de Hafez terminera en beauté ce séjour à Shyraz.


De Shyraz à Téhéran

Les grands circuits touristiques en Iran suivent à peu près l'itinéraire que nous avons choisi. Mais pour remonter à Téhéran, avant de revenir en Europe, l'usage est de prendre l'avion ( environ 1100 Km).

Nous préconisons plutôt le train. Un train VIP où vous pourrez louer un compartiment couchette pour vous seuls.

Avec un départ vers 16h30, alors vous profiterez du plateau de thé d'accueil, puis de l'orange pressée fraiche avant le diner et d'une bonne nuit avant l'arrivée. Ainsi vous apprécierez, confortablement installés, le paysage, le coucher et le lever de soleil sur les montagnes et le désert.

A Téhéran, passez une nuit afin de profiter rapidement de cette ville qui est un autre Iran : étonnant. Ne prévoyez pas trop de visites, les embouteillages y sont légendaires ! Essayez de faire un tour intégrant les principales peintures murales.

Assistez au coucher du soleil sur le pont Tabiat aussi appelé pont nature. Cet ouvrage réalisé par UNE architecte iranienne a reçu il y a quelques années le 1° prix du mondial d'architecture. Vous pourrez diner à proximité dans un des restaurants du food market à coté du phare. Faites vos dernières courses (n'oubliez pas les pistaches ) dans le bazar à coté de la mosquée Emamzadeh Saleh; il est plutôt chic et vous aurez un aperçu de la mode que les iraniennes portent en privé.


Et alors ?

Notre récit de ce voyage pourrait s’arrêter là.

Mais en dehors de la carte postale que les voyageurs rapporte d'Iran il y a les émotions vécues. Et après le préambule de notre narration il y a aussi les autres facettes de l'Iran d'aujourd'hui.

Ce pays est le pays des paradoxes. Des traversées de plaines sans fin balafrées de lignes haute tension, dans la poussière grise et trouble du sol surchauffé. Mais surtout des paysages sublimes. Des villages d'une pauvreté absolue. Mais des villes d'une richesse culturelle et patrimoniale incroyable.

Si l'accueil et la convivialité des iraniens de la rue est une constante en revanche l'administration iranienne est omniprésente et tatillonne pour ne pas dire inquisitrice. Elle tient beaucoup à vous contrôler et n'hésite pas à intervenir si elle pressent que vous risquer de sortir de la ligne directrice ou nuire à son image. Nous avons été contraints par des fonctionnaires zélés de montrer des vidéos prises au smartphone et de les effacer. De même nous avons été cornaqués par des représentants des affaires religieuses lors de la visite d'une mosquée qui nous ont fait fuir...

Quant à la gastronomie n'attendez pas grand chose des restaurants locaux : kebab et riz safrané. Profitez plutôt des passages chez l'habitant où la cuisine traditionnelle est nettement plus savoureuse.

Notre voyage s'est étalé sur 3 semaines et cela nous a paru être la bonne durée pour bien ressentir cette région et ses usages.

Toutefois nous retiendrons la disponibilité et la gentillesse de nos guides. En particulier tous nos remerciements vont à Farzad notre guide durant 18 jours accompagné de Saeed notre chauffeur; à Negar notre guide téhéranaise ainsi qu' à Farhang spécialiste du désert du Lut et Youssof spécialiste du Maranjab.

Notre reconnaissance à ces personnes croisées, telles que Madhi l'imam de la mosquée de Kashan, Melika du temple de Chak Chak ou Amrollah le photographe de Téhéran qui a réalisé la photo ci-dessus.

Enfin, merci à Eshan Rejaeyan responsable de l'agence française Sasia Voyage qui nous a assuré la logistique de notre voyage et dispensé ses meilleurs conseils.

 


Certains sujets sont encore mieux en vidéo

A voir en HD 1080p


Suivre notre road trip

Cliquez sur la carte pour l'agrandir


et pour profiter de toutes les photos de notre séjour retrouvez- nous sur Flickr

 

Lettres persannes Iran 2019

pour préparer et à apporter sur place ce livre est la référence incontournable.

pour se le procurer: Guide culturel de l'Iran 5° édition de P. RINGGENBERG

en complément et avec le traditionnel Lonely Planet pour préparer le voyage.

Guide Olizane


Faites nous plaisir et dites nous ce que vous a évoqué notre voyage et notre article de blog. Nous nous ferons une joie de vous répondre.

Partagez-le sur vos réseaux !