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Mauritanie: dans les dunes et les montagnes du Sahara

Où il est question de trouver un petit Prince


Dans les pas de...

Descendus de l'avion un soir de janvier, la tête dans les étoiles et pleine des souvenirs de lectures ou de récits, racontant une histoire d'aviateur, de petit prince, de mouton, d'étoile, de renard et de fleur. Nous espérions bien suivre leurs traces et, qui sait, peut-être même les rencontrer. Nous étions sur leurs terres : le Sahara!

Partis d'Atar nous glissions dans la nuit mauritanienne sur une piste que les phares de nos 4X4 éclairaient à peine. Le ciel était limpide et l'éclat de la pleine lune compensait leurs lueurs. Arrivés à Ouâdane une auberge nous accueillait pour notre première nuit, nuit extraordinairement étoilée où la lune sombrait dans un rougeoiement à l'occasion d'une magnifique éclipse totale.

Là, le lendemain, nous nous préparions à notre périple, au pas des dromadaires portant nos bagages, accompagnés des chameliers et de notre guide Baba, pour une semaine de traversée.

La marche dans le désert se fait à pas lent. A la lenteur du temps qui s'écoule. Baba nous le dira : nous français, nous avons la montre, eux mauritaniens, ils ont le Temps. Aussi, devant le spectacle de ces horizons infinis, la parole se fait plus rare.

Les conversations s'effilochent. Nos pensées nous envahissent jusqu'à une forme de méditation rêveuse.

Croit-on voir un abri ? On se dit que peut être l'aviateur accompagné du petit prince s'y reposent. Perçoit-on au loin un animal ? un mouton ? non juste un dromadaire esseulé rapetissé par la perspective.

Et la marche continue jusqu'au bivouac.

Le campement s'installe au milieu des sables et des acacias. Le feu s'allume pour le diner. Et le soleil se couche dans un ciel de feu où viendra naître une nouvelle lune avec la nuit tombante.


Deux jours se suivent... en direction de Chinguetti

Au petit matin nos chameliers partent alentour, afin de regrouper les dromadaires qui, durant la nuit, se sont égayés dans les dunes.

La marche reprend. Insensiblement les paysages varient. Parfois des pistes se croisent. Nous traversons de très vastes plaines parsemées de bouquets d'herbe à chameau et d'acacias. Nous gravissons de petites collines où nous circulons entre les dunes, ou sur leurs crêtes. Le désert concentre et dissout toutes formes de vie et, parfois, laisse juste la trace de leurs passages.

Au pied d'un buisson, serait-ce le crâne d'un mouton... peut-être... du Mouton ? Non c'est celui d'une chèvre qui a fini là.

Et, toujours songeurs, nous contemplons la courbe des dunes, les traces de passage de la vie, animaux ou insectes, les rides du sable opérées par le vent.

Quelle chance d'être là !

Au matin du deuxième jour, sur le sable, une fleur. Ce n'est pas une rose avec ses épines pour se défendre des moutons, mais une fleur de volubilis, fleur d'un instant qui disparaitra dans l'ardeur des rayons du soleil.

Ce matin là, l'un d'entre nous a vu déguerpir un fennec, ce petit renard des sables. Il n'a pas eu le temps de l'apprivoiser, et de lui demander s'il avait vu le petit prince.

Nous croiserons encore des nomades avec leurs chèvres ou sur leur dromadaire à la recherche d'autres dromadaires égarés.

Nous déjeunerons à l'ombre d'acacias plusieurs fois centenaires et où nous nous reposerons tandis que Baba nous apprendra  comment jouer aux dames avec quelques brindilles d'acacia pour les blanches et crottes de dromadaire séchées pour les noires.

Plus surprenant, surgissant de derrière une dune, deux femmes viennent, installant leur bout de tissu pour y vendre leur petit artisanat. La coutume d'hospitalité sera respectée. Elles partageront les trois services du thé à la menthe. Un pour la vie, un pour la mort, un pour l'amour.

Ce soir nous serons à Chinguetti... la Ville!

 

 


CHinguetti

La Sorbonne des sables ou la bibliothèque du désert : voilà les surnoms de Chinguetti.

J'ai l'espoir de rencontrer quelqu'un qui aura vu ou parlé à l'aviateur, ou qui lui-même aura rencontré celui qui aura entendu dire...

Après une nuit en auberge nous avons traversé la ville. Dans cette architecture de pierres sèches toute la vie et les fonctions d'une ville s'expriment.

C'est presque un choc après nos déambulations dans les plaines du désert. Les couleurs diverses reviennent, dans les tenues des habitants , sur les murs des maisons. Les métiers s'affichent en devanture.

Nous avons marché dans les ruelles. Et ce fut la rencontre. Avec Seyf. Le propriétaire d'un petit musée d'art populaire et de  bibliothèque. Nous avons partagé le temps avec lui, profitant de son récit. L'histoire de la Mauritanie et de ses habitants, les Maures. Ses réflexions sur le monde, comme il est et comme il va. Il a exhumé devant nous ses pages de documents, vieux parfois de plusieurs siècles, tout enluminés.

Nous étions transportés par sa verve. Il m'apparaissait tel un Cyrano de Bergerac déclamant sa passion !

Mais d'aviateur ou de petit prince, il n'en fut pas question.


Sur la montagne Zarga

Alors Baba nous emmena prendre de la hauteur. Peut-être allions-nous mieux apercevoir la petite planète grande comme une maison où vit le petit prince. Nous le verrions peut-être arracher à la main les mauvaises herbes qui deviendraient des baobabs.

Et ce fut, au bout de la piste, comme une tour dressée vers le ciel, la montagne Zarga.

Nous l'avons gravie. Dans ce sable si fluide que chaque pas en avant nous faisait glisser en arrière. Dans une pente si raide qu'il nous fallut nous aider de nos mains. Nous progressions comme ces scarabées du désert, laissant des traces éphémères.

Arrivés en haut notre peine s'évanouit. Le spectacle était sublime.

Évidemment point de planète à l'horizon. Cela n'était pas très grave, la récompense était dans nos yeux.

Nous sommes redescendus et avons repris la route. Devant nous, commençaient à se dresser des barrières rocheuses entourant des ergs parcourus d'oasis et de palmeraies, où s'abrite le village de Mhairith.

La vie était là avec tous ces gens, ces enfants et leurs jeux : des roues guidées par un manche ou l'universel football.

Ce soir là  nous avons bivouaqué, dans la plaine, entre les montagnes sous un ciel des plus purs.

Au milieu des myriades d'étoiles, bruyantes comme 500 million de grelots, parfois passaient les lumières clignotantes d'un avion.

L'esprit de Saint-Exupéry était il encore la-haut ?

 


Vers un océan de dunes: l'Amatlich

Ce matin, il fallait traverser les montagnes après avoir parcouru des immensités lunaires ! Des kilomètres de roches et de tables de grès noir. Comment, ici, la vie peut elle se maintenir?

Puis au travers de failles dans les montagnes, une passe s'ouvre qui amène à une plaine. Plate, large, caillouteuse, avec au fond ces immenses dunes qui partent à l'assaut des falaises de grès noir dont cette dune qui parfois chante.

Nous les parcourons avec l'impression que le temps se retient de couler. Il s'évapore comme l'eau qui disparait après une trop rare averse laissant sur le sol un maigre limon qui se craquèle.

Çà et là quelques installations, quand l'eau qui continue de couler sous la terre remonte un peu et permet quelques cultures. Nous aurons l'occasion de découvrir qu'ici on peut punir les dromadaires... quand ceux-ci, gourmands et vagabonds, vont faire festin de courges et de carottes. Nous les voyons parqués dans un enclos en attendant la venue de leurs propriétaires qui devront dédommager.

Une cigogne en villégiature s'envole.

L'après-midi s'avance et nous apercevons les dunes arrivant par vagues, en rythme, comme un flux puissant.

Il est temps alors d'y grimper, dans les pas légers et élégants de Baba, pour admirer, lors d'un dernier soir dans le désert, le coucher du soleil.

Nous savons que demain prendra fin notre voyage, que le petit prince sera reparti sans autre chance pour nous de le rencontrer. Le serpent aura fait son œuvre.


Dernier jour: mais alors? ... le petit prince?

Pour revenir en douceur il nous fallait, à défaut d'un puits maçonné de village, de l'eau. Cette eau qui permet la vie des hommes. Notre guide sait la trouver à Terjit, village dans une oasis au creux des montagnes, où jaillit une source chaude se répandant dans des bassins. Nous pourrons nous y régénérer.

Dans les voitures qui nous emportent vers notre quotidien ordinaire, dans nos pensées déjà un peu mélancoliques, une petite lumière se diffuse et se précise comme une évidence.

Nous L'avions rencontré ; le petit prince était en chacun de nous.

Et lorsque nous serons rentrés chez nous, que nous observerons les étoiles, chercherons la direction du nord à partir de la constellation d'Orion, que nous contemplerons une rose ou croiserons un mouton, même sans muselière, alors nous nous souviendrons de ce bout de la planète Terre où nous avons espéré croiser un enfant à la chevelure dorée.

Là-bas, en Mauritanie il est dans les yeux de toutes ces personnes que nous avons rencontrées.


Conclusion: un pays, une région et des gens

De tous les sourires de ceux que nous avons rencontrés, restera sans doute gravé celui de Baba notre guide. Maintenant je crois que c'était lui l'aviateur. Il a sans aucun doute contribué à restaurer l'image de son pays qui nous a transporté.

Il n'y avait pas non plus de business man, de roi, de buveur ou d'allumeur de réverbère sur leurs petites planètes mais un cuisinier, Da, un chauffeur, Elie, des chameliers.

Bien sûr, nous n'oublierons pas Seyf et sa bibliothèque dont nous avons déjà parlé.

Et puis il y a eu toutes ces personnes croisées et ces enfants qui sans quémander, nous ont adressé de joyeux signes de bienvenue .

Que tous soient remerciés pour leur humanité et leur gentillesse.

PS : à tous les photographes, s'il vous plait demander leur l’autorisation de les prendre en photo. La plupart du temps vous aurez leur accord et aurez leur reconnaissance... et vous en serez grandis.

 


La découverte en vidéo


Et pour suivre notre itinérance: la carte

Cliquez sur la carte et agrandissez-la pour mieux voir les randonnées et les lieux.

 

Je suis parti avec, dans mes pensées, ce tout petit livre qui m'a éclairé comme le souhaitait Saint-Exupéry. Il est disponible dans son format original avec le CD audio du récit par de grandes voix de comédiens. Lisez-le ou relisez-le et vous le trouverez tellement actuel.

Il existe en édition anniversaire avec la voix de Gérard Philippe.

Nous avons réalisé ce voyage avec Allibert trekking.

la question qui souvent se pose sur la Mauritanie est celle de la sécurité. Merci pour leur organisation. Au cours de nos périples nous avons pu nous sentir inquiétés. Lors de ce voyage, jamais.

 

 

 

 

 

et pour profiter de toutes les photos de notre séjour suivez- nous sur Flickr

 

 

Mauritanie 2019

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